Ethiopie

Du 5 février au 13 mars 2019

Cliquer sur la carte pour agrandir

(Itinéraire en pointillés noirs)

 

Une destination prévue de longue date mais repoussée en raison de petits problèmes de santé. Il y a des contrées où il vaut mieux partir en forme.

Ethiopie : 105 millions d'habitants pour une superficie égale à 2 fois la France, avec un taux de fécondité de 4,6 (France : 1,96). Le taux de progression de la population reste un frein au développement économique du pays, - toujours plus d'écoles, d'hôpitaux, de structures routières, etc. Maintenir le niveau de vie actuel doit déjà être une gymnastique budgétaire. 

Religion : 44 % Orthodoxes, 33 % Musulmans.

Arrivés à Addis Abeba à 4h du matin, je trouve un banc pour tenter de dormir pendant 2-3 h à l'aéroport. Ma première journée fût un peu pénible, par la fatigue et sans doute l'altitude d'Addis, 2300m. En contre partie je bénéficie d'une température clémente, 20-25 degrés dans la journée.

Addis Abeba : J'avais un peu oublié l'Afrique, avec les bordures de rue envahies de vendeurs assis au sol. C'est très bruyant et sale. Surtout voir au delà de ce cliché si on veut apprécier le pays. J'y reste 3 nuits, histoire de prendre la "température", et me dirige vers le sud, -  Awassa à 250 km (6h30 de bus). Une partie autoroute, une autre avec les très nombreuses charrettes à ânes, des rickshaws (tuc tuc) un peu partout (le taxi du pauvre), tous les troupeaux qui utilisent la route, et les piétons partout. Il me faudra sans doute compter sur une moyenne de 30 à 40 km/h pour mes déplacements dans ce pays. Surprise très positive : la conduite des conducteurs est plutôt "cool".

Awassa est plus vivant qu'Addis. Une course à pied le dimanche matin, des églises pleines, des mariages le samedi et le dimanche. Je loge dans une pension très locale. On me bichonne avec une salle de bain privée (à l'africaine), et un boîtier chauffant au dessus de la pomme de douche. Sauf que l'eau dégouline par la gaine des fils électriques. Surtout évitez de mettre le chauffage en marche !

 

Je cherche toujours à sortir des sentiers battus, et j'utilise beaucoup mapsme ou google map sur mon téléphone. Le hasard me fait découvrir un village isolé à une dizaine de km, sans piste d'accès, avec des centaines de petits hexagones représentants des huttes. Impossible de récolter des infos, - je décide de tenter ma chance. Après avoir traversé un village classique, je me laisse guider par mon GPS, qui me fait traverser une immense plaine remplie de troupeaux de bovins. C'est le système de la pastorale. Suivi par une dizaine d'enfants que j'ai du mal à me séparer, au bout de quelques kilomètres j'aperçois les huttes. Pendant tout le trajet, je sens les enfants se demander où je peux bien aller, et à quelques centaines de mètres du village ils s'arrêtent tous et je continue, - bien contant de m'en être séparé. Je me retourne, et toute la petite troupe me fait "non non non" de la main. Aïe, me voilà prévenu ! Ok, je continue. En face de moi des yeux d'enfants et quelques personnes âgées m'observent, étonnés. Sourires, ...que je reçois en retour. Serrages de mains des plus anciens, et de tous ceux qui s'avancent. C'est mon seul langage. Des sourires, avec méfiance. J'avance. Les huttes sont très serrées. Je décide de les contourner pour ne pas m'imposer dans le village. Je ne ressens pas vraiment d'hostilité, plutôt de la curiosité. Je continue de serrer les mains au passage, suivi par de plus en plus de personnes et surtout d'enfants, - que les adultes cherchent à éloigner de moi. Un espace plus important me fait entrer dans une sorte de grande place entourée de huttes. J'avance. L'attroupement grossit. De plus en plus de personnes anciennes, que je privilégie dans le serrage des mains. Un des anciens me prend par le bras et me demande quelque chose. Je devine : "qu'est ce que vous faites là". Quelques paroles mais surtout des gestes pour essayer d'expliquer ma présence. Il donne des ordres à quelques personnes, et très vite un jeune (16-17 ans) arrive et commence à faire l'interprète dans un anglais approximatif. Plus de 50 personnes autour de nous. A un moment l'ancien me prend le bras pour m'emmener,... dans une hutte. Je comprends qu'il veut m'isoler de la foule. Une hutte pour les animaux avec parois ajoutées. Nous nous asseyons à 4 ou 5 hommes sur des morceaux de bois au sol. Étant occupé à me mettre bien assis il en oublie que la hutte se remplie derrière lui et que le reste de curieux se colle autour. Discussion, - le jeune est son fils. J'ai droit 5 ou 6 fois à "n'ayez pas peur". Aucune inquiétude de ma part. Le groupe de curieux se fait de plus en plus pressant et 2 ou 3 adultes essaient d'en faire sortir. Ils en sortent 5 ou 6, il en rentre 4 nouveaux, - pas de porte ! Au bout d'un moment ils décident de changer de hutte avec une porte cette fois-ci (tressage de branchages). Seuls 6 ou 7 personnes sont admises. La pression extérieure ne faiblit pas, - je suis la bête curieuse. J'ai droit à un verre de lait caillé avec un "petit pain", taille d'un pain au raisin. Je mange mon pain, un peu sec, et je bois de temps en temps une bonne gorgée de lait. Ce n'est apparemment pas la bonne technique. On me montre. On mord une bouchée de pain et aussitôt une petite gorgée de lait pour humidifier le pain (sec). Comme j'avais bu un peu trop de lait caillé la première fois, j'ai droit à un deuxième verre, dont le jeune boit la première gorgée. J'apprendrais plus tard que c'est une coutume de boire la première gorgée dans le verre d'une personne invitée. Surtout ne pas regarder la propreté du lait. La discussion s'élargir sur d'autres sujets entre'eux, - sans doute parlent ils de moi également. L'ancien qui m'a pris sous son aile me prend souvent la main. J'ai très vite compris que j'étais son protégé. Je ne saurais jamais quel rang il a dans le village. Par 6 ou 7 fois il se lève et à chaque fois je l'aide en le soutenant par le bras, - ce qu'il ne manque pas de signaler à ses collègues en riant.

Dans la hutte, une chèvre avec son petit nouveau né, un petit foyer avec 3 pierres, une femme, que je suppose être la sienne, baratte du lait dans un genre d'amphore, qu'elle bascule d'avant en arrière en mouvements réguliers. A un moment 3 petits veaux entrent pour aller se placer près de la chèvre. Les veaux sont d'une docilité remarquable, traversant le groupe d'adultes, comme des enfants qui font parties de la famille.

Après près de 2h, il est temps de quitter les lieux. Je sens que cela ne va être de tout repos avec les enfants, - ce que les adultes confirment en me demandant de bien protéger mes poches, mais à aucun moment ils me demandent de l'argent. Je demande à être un peu accompagné au départ. OK. Des jeunes de 15-16 ans m'accompagnent jusqu'à la sortie du village, - entourés d'une bonne trentaine d'enfants, très pressants dans leurs demandes. Passé les dernières cases, les jeunes accompagnateurs s'arrêtent et surprise,... le jeune qui avait fait office d'interprète me réclame de l'argent. Un adulte ayant vu la scène intervient très autoritairement avec un bâton et me fait signe de partir le plus vite possible. Il me suivra sur environ 1 km de traversée de la prairie, avant que les enfants n'abandonnent leur "bête curieuse". Ouf, merci Monsieur l'adulte. Le lendemain, je m'apercevrais de la disparition de ma cuillère et de 2 stylos, protégés seulement par un rabattant à l'arrière de mon sac.

Les enfants sont un problème pour les touristes dans ce pays. J'arrive bien à gérer 5 ou 6 enfants, mais avec plus de 10-15 qui vous encerclent et vous touchent, il faut absolument faire intervenir des adultes.

Les habitants de ce village sont avant tout des éleveurs. Une partie des huttes sert aux jeunes animaux, - je soupçonne que des jeunes dorment également avec. Le jeune n'a pas pu me donner le nombre d'habitants mais la vue satellite du village annonce plusieurs milliers de personnes.

Aucune photo prise pendant la visite. Pas question de sortir mon attirail de touriste.

De retour à la pension à Awassa, je fais part de ma visite en précisant l'emplacement du village, - réponse : "connais pas !".

Les personnes intéressées peuvent localiser le village sur "mapsme" à environ 10 km à l'est d'Awassa, au delà de "Chefe area". Le village est dénommé "Honse". Il faut ouvrir très grand pour apercevoir les huttes.

 

Vue partielle du village de huttes avant d'entrer
Vue partielle du village de huttes avant d'entrer

Un marché aux poissons le lendemain matin sur le "port". Les pêcheurs de la nuit découpent les filets de poisson au cul des bateaux, et vident les carcasses. Le tout dans les normes sanitaires de l'Afrique. Avec les carcasses ils font une soupe très épaisse. Absolument impossible d'en manger après avoir vu tout le process. 

Mes chaussures me lâchent déjà au bout d'une semaine, et des magiciens africains me remettent des nouvelles semelles pour 2 €. Super travail.

 

Je descends vers le sud avec l'option de voir les ethnies dans la vallée de l'Omo. La chaleur freine un peu mes déplacements avec des températures de plus de 35 degrés. Je loge le plus souvent dans des pensions pour 3 à 5 € la nuit, avec le confort africain. Un seau d'eau pour se laver le matin. Par 2 fois les pensions n'avait pas d'électricité et pas d'eau. L'eau reste un sérieux problème.  Des défilés de transport d'eau à dos de femmes ou d'ânes, par bidons de 20-30 litres pour ravitailler les maisons.

Février est en fin de période sèche et les gens commencent à préparer la terre avec les bœufs qui tirent un araire, "un socle" métallique au bout d’un châssis en bois qu'un homme maintien enfoncé dans la terre. Un travail de titan. L'Ethiopie est très montagneuse et la plupart des parcelles sont cultivées en terrasses. La nature serait plus jolie aux mois de mai et juin mais avec l'inconvénient de la saison des pluies pour voyager.

Jinka : point de départ pour visiter les différentes ethnies de la région. Je n'ai pas de voiture et refuse les guides. Alors j'essaie de me rendre dans le village de Mursi avec les bus locaux. Problème : aucune carte ne mentionne les villages de cette région. A la gare routière, j'obtiens quand même une réponse affirmative pour Mursi, ... suivit d'un "non, pas possible". Par contre Anna, oui. C'est le même bus. Alors j'en déduis que Mursi est sur le chemin mais qu'il n'y a pas d'arrêt. Aucune idée de la distance. Je pense que je vais pouvoir demander à descendre malgré tout et je gèrerais après. Mais sur la piste, point de village, juste quelques troupeaux de bovins et quelques groupes de huttes très basses isolées dans la forêt. J'irais donc jusqu'à Anna, ... 5 h de bus, … un gros village isolé, dont une partie de la population est bien typée.

Une population difficile à photographier. D'une part la peau est d'un noir instance qui ne laisse pas apparaître les traits de visage, - d'autre part les ethnies de cette région cherchent à faire un business en demandant à se faire photographier, puis réclament une somme par photos et par personnes sur chaque photo. Ce que je refuse bien sûr. Ma poche secrète "appareil photo" fait l'affaire, mais malheureusement n'a pas très bien fonctionné cette fois-ci. Certaines femmes étaient agressives, ... elles voulaient des photos.

La plupart des touristes viennent en 4x4 accompagnés d'un guide, prennent des photos puis repartent 15 mn plus tard. Je refuse de visiter un zoo.

 

De Anna, impossible d'aller plus loin et de remonter le long de la frontière Soudanaise, la circulation est coupée pour cause de troubles. Je reviens donc sur mes pas, en faisant un très grand détour pour atteindre Gambella.

Depuis le début j'ai beaucoup de mal avec la nourriture. Très peu varié. L'injera est servi à chaque repas. Une pâte à base de graines de teff qui a fermentée pendant 3 jours et qui au final ressemble à nos galettes bretonnes, sur laquelle on y met soit quelques légumes et graines cuites, soit de la viande en petit morceaux très innervés. Le tout assez épicé pour un européen. Je dois me forcer à manger pour ne pas dépérir.

Alors que la malaria fait des ravages dans les régions de l'ouest, les moustiques ne sont pas très nombreux à cette saison. J'ai utilisé seulement 4 ou 5 fois ma moustiquaire. Par contre je n'échappe pas aux petites "bestioles" dans les lits. Elles adorent toujours ma peau.

Pendant ces 5 semaines je n'aurais réussi qu'à dormir une nuit chez l'habitant. Enseignants tous les deux, 4 enfants, un très grand terrain avec jardin et une vache. Je dors dans un canapé non déplié.

L'Ethiopie est réputée pour ses faux bananiers dont les feuilles servent d'aliments pour les bovins et les racines, qui peuvent atteindre 30 à 40 kg, sont comestibles par l'homme.

Le pays utilise un calendrier différent, ... nous sommes en 2011, ... et un horaire décalé de 6 heures. Quand il est 8 h du matin à ma montre leurs montres marquent 2 h. Ce qui demande une grande précision quand je dois prendre un bus à une heure précise.

 

Gambella. J'ai beaucoup hésité, ... la ville la plus à l'ouest proche du Soudan a été le théâtre de troubles importants dans les années passées, avec l'incursion des groupes armés de Boko Haram. Des ethnies Anuark et Nuer originaires du Soudan sont mélangées à la population locale. Reconnaissables à la couleur de leur peau, d'un noir ébène, et à leur grande taille très effilée.  

Au nord, la route semble parfois la propriété des singes, avez des centaines d'individus regroupés sur la piste. Un peu de mal à m'imaginer marcher seul sur ces pistes. Je ne connais pas leurs réactions en groupe vis à vis de l'homme.

 

 

Lalibela, à 2 jours de bus au nord d'Addis Abeba. Des églises, datant des 12 ème - 14 ème siècles, construites en creusant dans la roche. Les bâtisseurs n'utilisaient que des pioches. Ambiance impressionnante avec tous les fidèles qui viennent se recueillir. On se croirait 20 siècles en arrière avec la tenue vestimentaires des fidèles. C'est leur pèlerinage à Lourde. Notre président français me suis de quelques jours pour visiter ce site, - ... mais avec un gros chèque, pour aider à la restauration des églises, inscrites au patrimoine mondial de l'Unesco. 

La majeure partie de l'Ethiopie est composée de montagnes, qui rendent les déplacements très longs et difficiles.  

J’ai fait le choix d’aller vers les ethnies du sud au départ, et ma manière de voyager, au rythme de la population ne m’a pas permis de remonter très haut vers le nord pour visiter les lieux touristiques. En raison des lents et longs déplacements dans ce pays la plupart des touristes font appel aux agences de voyages pour visiter le maximum de lieux sans perdre trop de temps. C’est un choix que je ne fais pas en principe, privilégiant le contact avec les habitants, … un peu plus difficile.